Le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, a vivement critiqué le recours à l’article 64 de la Constitution pour justifier une démarche politique portée par l’AFC/M23. Il estime qu’une telle initiative pourrait, selon lui, déboucher sur la suspension de la Constitution, à l’image de ce qu’il affirme avoir observé avec l’AFDL en 1997. Il a également réaffirmé ses accusations contre Joseph Kabila, qu’il présente comme le véritable responsable de l’AFC/M23, tout en dénonçant le rôle du Rwanda dans la crise sécuritaire à l’Est de la République démocratique du Congo.

Patrick Muyaya dénonce une contradiction autour de l’article 64

Le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, est monté au créneau contre les arguments liés à l’article 64 de la Constitution congolaise dans le contexte de la crise sécuritaire et politique que traverse la RDC.

« Y a pas pire contradiction que de vouloir vous fonder sur l’article 64 de la Constitution pour venir la tuer », a-t-il déclaré lors de son intervention dans l’émission Dialogue entre Congolais, diffusée sur Radio Okapi.

Pour le porte-parole du gouvernement, l’invocation de cette disposition constitutionnelle pour justifier une entreprise politique qui conduirait à remettre en cause l’ordre constitutionnel serait fondamentalement contradictoire.

À l’appui de son argumentation, Patrick Muyaya a établi un parallèle avec l’arrivée au pouvoir de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) en 1997. Selon lui, l’une des premières décisions prises à cette époque avait été la suspension de la Constitution. Il met ainsi en garde contre ce qu’il considère comme le risque de voir se reproduire un scénario similaire.

« Les troupes sont rwandaises et les armes sont aussi rwandaises »

Au-delà de la question constitutionnelle, Patrick Muyaya a insisté sur la dimension régionale du conflit dans l’Est de la RDC. Il a notamment affirmé que les troupes et les armes impliquées dans cette dynamique étaient rwandaises, réitérant ainsi les accusations du gouvernement congolais à l’égard de Kigali.

Dans cette logique, le ministre estime que la présence de responsables congolais au sein de la mouvance politico-militaire de l’AFC/M23 ne suffit pas à modifier la nature de l’agression dénoncée par Kinshasa.

« Sa présence ne peut nullement transformer cette agression venue du Rwanda en une rébellion congolaise », a-t-il martelé, en référence au rôle attribué à Joseph Kabila dans cette mouvance.

Cette déclaration traduit la volonté du gouvernement congolais de maintenir la question de la responsabilité du Rwanda au centre du débat sur le conflit dans l’Est du pays.

Joseph Kabila au cœur des accusations du gouvernement

Patrick Muyaya est également revenu sur l’officialisation du rôle de l’ancien président Joseph Kabila au sein de la dynamique de l’AFC/M23. Selon lui, cette évolution n’a pas surpris les autorités congolaises, le président Félix Tshisekedi ayant déjà, d’après ses déclarations, évoqué cette question en août 2024 et en février 2025.

Le ministre considère ainsi que les développements récents viennent, selon son analyse, conforter les accusations précédemment formulées par le chef de l’État contre son prédécesseur.

Dans un passage particulièrement sévère, Patrick Muyaya a reproché à Joseph Kabila de s’être éloigné de l’héritage politique de son père, Laurent-Désiré Kabila, auquel il attribue cette recommandation : « Ne jamais trahir le Congo. »

Cette référence au testament politique de l’ancien président assassiné en janvier 2001 vise à souligner, dans le discours du ministre, la gravité des accusations portées contre Joseph Kabila.

Une stratégie destinée, selon Muyaya, à dédouaner Kigali

Le porte-parole du gouvernement a enfin avancé sa lecture des motivations derrière le rôle qu’il attribue à l’ancien chef de l’État. Selon lui, la présence de Joseph Kabila dans cette dynamique viserait notamment à permettre au Rwanda de ne plus apparaître comme le principal acteur de l’agression dénoncée par Kinshasa.

« Son rôle n’a pour objectif que de couvrir le Rwanda pour ne plus être vu comme pays agresseur », a-t-il affirmé.

Cette interprétation constitue l’un des axes majeurs de son intervention : pour Patrick Muyaya, l’implication présumée de figures politiques congolaises ne saurait effacer les responsabilités extérieures dénoncées par les autorités de Kinshasa.

Un message politique dans un contexte de fortes tensions

À travers cette prise de parole sur Radio Okapi, Patrick Muyaya a articulé son argumentaire autour de trois enjeux : la défense de l’ordre constitutionnel, les accusations visant Joseph Kabila et la dénonciation du rôle attribué au Rwanda dans le conflit à l’Est de la RDC.

Son intervention s’inscrit dans un contexte de fortes tensions politiques et sécuritaires, où la légitimité des acteurs engagés dans la crise, la souveraineté nationale et le respect des institutions demeurent au cœur des débats.

En définitive, le ministre réaffirme la position du gouvernement congolais : aucune présence congolaise au sein de l’AFC/M23 ne saurait, à ses yeux, effacer les responsabilités que Kinshasa attribue au Rwanda dans la crise sécuritaire.

Propos tenus par Patrick Muyaya lors de l’émission « Dialogue entre Congolais » sur Radio Okapi. Les accusations concernant Joseph Kabila et le Rwanda sont rapportées comme la position du ministre.

Arnold Tshimanga

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