Une prise de parole rare, courageuse et profondément spirituelle secoue actuellement les cercles ecclésiastiques en République démocratique du Congo. Le professeur de droit constitutionnel André Mbata Betukumesu Mangu a rendu un vibrant hommage à l’évêque de Mbuji-Mayi, Emmanuel-Bernard Kasanda, pour avoir osé dire la vérité « au nom de l’Évangile » lors de la dernière assemblée plénière de la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO).
Dans une déclaration dense et sans détour, l’éminent juriste congolais affirme avoir accueilli l’intervention de l’évêque avec « un grand soulagement », estimant que cette parole courageuse vient briser un silence longtemps entretenu au sein de l’institution ecclésiale.
Une vérité qui ne peut être cachée
Selon le professeur André Mbata Betukumesu Mangu, l’intervention de Mgr Emmanuel-Bernard Kasanda constitue un moment historique dans la vie de la Conférence Épiscopale Nationale du Congo.
Il souligne qu’au sein d’une institution où, selon lui, la règle implicite consiste souvent à protéger ses pairs même lorsqu’ils sont dans l’erreur, l’évêque de Mbuji-Mayi a fait preuve d’un courage exceptionnel en révélant certaines réalités longtemps dissimulées « sous les ornements sacerdotaux ou épiscopaux ».
Pour le constitutionnaliste, la Vérité de l’Évangile — celle du Christ, Lumière du monde — ne peut être enfermée dans le silence ni dans les logiques de préservation d’image.
Il compare même cette prise de parole à l’épisode biblique où l’apôtre Paul s’oppose à Pierre pour défendre la vérité de l’Évangile.
Une critique de certaines dérives au sein de la CENCO
Dans son analyse, le professeur Mbata estime que les évêques catholiques ont parfois pris l’habitude de s’adresser uniquement aux responsables politiques, aux fidèles ou aux païens, comme si eux-mêmes étaient irréprochables.
Or, rappelle-t-il, l’Église ne peut conserver sa crédibilité morale que si elle accepte également de s’examiner elle-même.
Il salue ainsi l’appel de Mgr Kasanda à une introspection au sein de l’épiscopat, notamment lorsqu’il dénonce :
des prises de parole sélectives, intempestives et tendancieuses ;
une compréhension erronée de la mission prophétique de l’Église ;
une ignorance de la doctrine sociale de l’Église, dont la mission reste essentiellement religieuse.
Le professeur rappelle également un principe fondamental : l’Église n’a pas vocation à proposer des modèles techniques d’organisation politique ou sociale.
Une dérive vers le lobbying politique ?
Dans son message, le professeur Mbata relaie également les inquiétudes exprimées par Mgr Kasanda concernant certaines pratiques internes.
Selon lui, la CENCO donnerait parfois l’image d’un groupe de lobbying ou d’un acteur politique, ce qui risque d’affaiblir sa mission spirituelle.
Il regrette notamment que certains débats internes — parfois relayés sur des forums WhatsApp — soient marqués par des critiques politiciennes excessives ou des propos rappelant davantage les querelles des réseaux sociaux que le dialogue spirituel attendu de responsables religieux.
Plus grave encore, il déplore que certaines prises de position aient tardé à condamner avec force les massacres perpétrés à l’Est de la RDC par des groupes armés et des forces étrangères.
Tribalisme et gestion interne : une autocritique nécessaire
Le professeur André Mbata Betukumesu Mangu applaudit également le courage de Mgr Emmanuel-Bernard Kasanda lorsqu’il appelle ses pairs à une introspection sur la question sensible du tribalisme.
Selon lui, les membres de la CENCO ne sont pas immunisés contre les antivaleurs qu’ils dénoncent dans la société congolaise.
Il évoque notamment :
la présence de dynamiques tribalistes dans certaines structures ecclésiastiques ;
la concentration du personnel de certaines institutions dans une même province ecclésiastique ;
ou encore certains messages susceptibles d’alimenter la division nationale.
Les fraudes électorales évoquées au sein même de la CENCO
Le professeur Mbata salue également la franchise de l’évêque de Mbuji-Mayi lorsqu’il évoque les irrégularités ayant entouré l’élection du bureau actuel de la CENCO.
Selon lui, ces révélations confirment que l’Église n’est pas totalement épargnée par les dérives observées dans la société congolaise.
L’universitaire estime que l’appel de Mgr Kasanda à servir Dieu dans la vérité, la transparence et l’exemplarité constitue un rappel salutaire pour les pasteurs appelés à guider les fidèles.
Une polémique interne qui interroge
Le professeur Mbata s’interroge également sur la polémique née après l’intervention de Mgr Kasanda, notamment la réaction d’un prêtre du diocèse de Kongolo qui aurait publié un texte critique à l’encontre de l’évêque.
Selon certaines sources évoquées dans sa réflexion, ce texte aurait été rédigé depuis Lubumbashi, ce qui alimente les interrogations sur les tensions internes au sein de l’épiscopat.
Pour le constitutionnaliste, il serait regrettable que la vérité évangélique devienne un motif de division au sein même de l’Église.
La vérité avant tout
Dans sa conclusion, le professeur André Mbata Betukumesu Mangu rappelle que le silence face aux dérives constitue souvent une faute morale.
Il cite notamment les pensées de Albert Einstein et de Martin Luther King Jr. pour souligner que les sociétés ne sont pas seulement menacées par ceux qui font le mal, mais aussi par ceux qui se taisent.
Pour lui, la vérité évangélique peut blesser, mais elle demeure la seule voie vers la réforme et la renaissance spirituelle.
Un appel à des pasteurs authentiques
En conclusion, l’éminent professeur plaide pour une Église catholique en RDC guidée par des pasteurs :
fidèles à l’Évangile ;
capables de rassembler plutôt que de diviser ;
modèles pour les fidèles ;
davantage tournés vers l’annonce de la Bonne Nouvelle que vers la politique politicienne.
Professeur ordinaire à la faculté de droit de l’Université de Kinshasa et professeur extraordinaire au College of Law de l’University of South Africa, André Mbata Betukumesu Mangu confirme ainsi, par cette prise de position, son statut d’intellectuel engagé et de voix respectée dans les grands débats de société en République démocratique du Congo.
Arnold TSHIMANGA
















































































































































































































































































































































































































































































































































































































