Pour le président de la commission PAJ de l’Assemblée nationale, les arguments invoqués pour justifier un report de l’ouverture solennelle de la session parlementaire du 15 septembre ne sauraient conduire le Parlement à modifier son fonctionnement institutionnel au profit d’une manifestation de l’opposition.
À quelques jours de l’ouverture solennelle de la session parlementaire du 15 septembre 2026, le débat prend une tournure particulièrement politique et institutionnelle. Une requête formelle émanant d’un député national, sollicitant auprès du président de l’Assemblée nationale le report de la cérémonie après 18 heures afin de permettre à l’opposition de manifester, suscite une réaction ferme du professeur André Mbata Betukumesu Mangu.
Député national et président de la Commission politique, administrative et juridique (PAJ) de l’Assemblée nationale, le constitutionnaliste s’interroge ouvertement sur le caractère inédit d’une telle démarche. Pour lui, la requête apparaît d’autant plus surprenante qu’elle serait formulée, selon son analyse, dans l’intérêt de l’opposition par un parlementaire issu de la majorité.
Une requête jugée « incroyable » et sans précédent
Dans sa réaction, André Mbata Mangu ne cache pas son étonnement. Il qualifie la démarche d’« incroyable » et de « du jamais vu », tout en estimant qu’elle demeure compréhensible sous plusieurs angles.
Au-delà de la controverse politique, le professeur rappelle un principe fondamental en matière de droits humains : dans les États démocratiques, les libertés publiques, aussi essentielles soient-elles, ne revêtent pas un caractère absolu.
Selon lui, ces droits peuvent, dans certaines circonstances, faire l’objet de restrictions ou de limitations lorsqu’il s’agit notamment de préserver l’ordre public et le fonctionnement régulier des institutions.
« Les raisons évoquées sont pourtant suffisantes »
C’est précisément sur ce terrain que le président de la commission PAJ situe son principal argument. Pour André Mbata, les motifs avancés pour demander le report de la séance solennelle constitueraient plutôt des raisons susceptibles de conduire les autorités compétentes à empêcher une manifestation qui risquerait de provoquer une confrontation.
Le professeur estime en effet qu’une manifestation visant à se dérouler au moment de l’ouverture solennelle pourrait créer une situation de tension entre ses organisateurs et les parlementaires réunis dans l’exercice de leur mandat.
Dans son analyse, les députés nationaux représentent le peuple souverain et doivent pouvoir accomplir librement les missions constitutionnelles qui leur sont confiées.
Le Parlement ne peut-il pas être contraint par la rue ?
Derrière cette polémique, c’est donc la question de l’équilibre entre liberté de manifestation et continuité du fonctionnement des institutions qui se pose.
Pour André Mbata Mangu, permettre qu’une manifestation puisse conduire le Parlement à modifier l’horaire d’une cérémonie institutionnelle majeure reviendrait à créer un précédent particulièrement délicat.
Le député national insiste notamment sur le caractère solennel de l’ouverture d’une session parlementaire, rendez-vous institutionnel auquel sont généralement conviés les différentes institutions de la République ainsi que les représentants diplomatiques accrédités en République démocratique du Congo.
« Jamais depuis le 30 juin 1960 »
L’argument historique occupe également une place importante dans la réaction du constitutionnaliste. André Mbata Mangu affirme que, depuis l’accession de la République démocratique du Congo à l’indépendance, le 30 juin 1960, jamais une ouverture solennelle d’une session parlementaire n’aurait été organisée durant la nuit pour permettre la tenue d’une manifestation politique.
Pour lui, modifier l’horaire traditionnel d’un tel événement institutionnel dans le seul objectif de laisser place à une manifestation de l’opposition constituerait donc une situation inédite.
Son interrogation est dès lors claire : le calendrier et le fonctionnement du Parlement doivent-ils être aménagés en fonction d’une mobilisation politique destinée précisément à contester ou à perturber l’activité de l’institution ?
La défense du rôle constitutionnel des élus
Dans son intervention, André Mbata Mangu replace finalement le débat dans la mission première du Parlement : légiférer au nom du peuple souverain.
Pour le président de la commission PAJ, empêcher les représentants élus de remplir leur mandat parlementaire serait difficilement conciliable avec le fonctionnement normal d’une démocratie représentative.
Son propos traduit ainsi une volonté de défendre la continuité et l’autorité des institutions issues du suffrage populaire, tout en rappelant que l’exercice des libertés publiques doit s’inscrire dans le respect du cadre constitutionnel et de l’ordre public.
À travers cette prise de position, le professeur André Mbata Mangu réaffirme une nouvelle fois son attachement au rôle des institutions et à la primauté du droit dans le fonctionnement de la République. À l’approche du 15 septembre, son intervention vient surtout poser une question essentielle : jusqu’où une manifestation politique peut-elle aller sans empiéter sur l’exercice régulier du mandat confié aux représentants du peuple ?
Arnold TSHIMANGA

















































































































































































































































































































































































































































































































































































































































































