Kinshasa, 18 février 2026 – À l’occasion du colloque organisé au Palais du Peuple pour commémorer les vingt ans de la Constitution du 18 février 2006, le Professeur André Mbata Betukumesu Mangu a livré une intervention magistrale, à la fois pédagogique, courageuse et profondément républicaine.
Dans une salle attentive et studieuse, l’éminent constitutionnaliste a replacé le débat dans sa profondeur historique, doctrinale et politique, dissipant les malentendus et appelant à une réflexion apaisée sur l’avenir institutionnel de la République démocratique du Congo.
Une Constitution parmi les meilleures de l’histoire constitutionnelle congolaise
D’emblée, le Professeur Mbata a rappelé que la Constitution du 18 février 2006 est la troisième adoptée par référendum dans l’histoire de la RDC depuis l’indépendance.
Face aux critiques persistantes, il a tenu à affirmer, avec rigueur scientifique et sens des nuances, qu’elle demeure l’une des meilleures Constitutions que le pays ait connues.
Comparativement :
Elle est plus aboutie que la Loi fondamentale, constitution provisoire d’origine belge adoptée à l’indépendance ;
Plus stable que le texte de 1964, qui n’a pas survécu aux turbulences politiques ;
Plus équilibrée que la Constitution de 1967, adoptée dans un contexte de centralisation autoritaire.
Cette appréciation, loin d’être un satisfecit aveugle, relève d’une analyse académique fondée sur les standards du constitutionnalisme moderne.
« Meilleure » ne signifie pas « intouchable »
Certaines voix ont cru comprendre que qualifier la Constitution de « meilleure » revenait à la déclarer intangible. Le Professeur Mbata a fermement corrigé cette interprétation.
Avec une formule à la fois simple et lumineuse, il a rappelé :
« Si les hommes qui sont à la base d’une Constitution ne sont pas parfaits et sont mortels, comment une Constitution serait-elle parfaite et immortelle ? »
Aucune Constitution n’est éternelle. Aucune n’est sacrée au point d’échapper à l’évolution des sociétés. Le constitutionnalisme est un processus vivant.
Une Constitution née d’une crise : le contexte de Sun City
Revenant sur les origines du texte fondamental, le Professeur Mbata – qui a personnellement participé aux travaux – a rappelé que la Constitution de 2006 trouve ses racines dans les accords de Sun City, en Afrique du Sud.
Elle était, à l’origine, une Constitution de sortie de crise, issue d’un Accord global et inclusif réunissant :
Les délégués du Gouvernement ;
Les mouvements rebelles ;
Les entités politico-militaires ;
Les groupes Maï-Maï ;
La société civile.
Elle avait pour vocation d’organiser une transition de deux ans, avec la mise en place des institutions transitoires, notamment :
Le Gouvernement dit « 1+4 » ;
Le Parlement de transition.
Dans ce contexte, elle devait avant tout garantir la paix et la cohésion nationale.
Des critiques anciennes et variées
Le Professeur Mbata a rappelé que la contestation de la Constitution n’est pas nouvelle.
Parmi les critiques historiques figuraient :
Les puristes ;
Les contextualistes ;
Les extrémistes ;
Ceux qui la considéraient comme une « Constitution venue de l’extérieur ».
Il a notamment souligné que des partis politiques comme l’UDPS s’y étaient opposés lors du référendum, et que le débat s’est poursuivi au fil des cycles électoraux.
Il a évoqué la position exprimée par le Président Félix Tshisekedi lors des campagnes électorales, notamment en 2023, rappelant que la question constitutionnelle fait partie du débat démocratique depuis plusieurs années.
La CENCO, première à demander la révision
Moment fort de son intervention : le rappel historique du rôle de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO).
Le 14 mars 2006, soit deux semaines après la promulgation, la CENCO est entrée dans l’histoire comme la première organisation à demander formellement la révision de certaines dispositions.
Dans une lettre pastorale intitulée « Levons-nous et bâtissons », le Comité permanent estimait qu’il était urgent pour le premier Parlement de revisiter certains aspects du texte pour garantir l’avenir du pays.
Ainsi, le débat sur la révision ne date ni d’hier, ni d’aujourd’hui.
Révision ou changement ? Un débat à dédramatiser
Avec une hauteur doctrinale remarquable, le Professeur Mbata a interrogé :
Quand commence le changement d’une Constitution ?
Quand s’arrête la révision ?
Où placer la frontière ?
Il a souligné que ces distinctions relèvent davantage des débats doctrinaux que des polémiques populaires.
Prenant des exemples comparatifs, il a évoqué les systèmes anglo-saxons, où la notion de « changement » n’est pas dramatisée, ainsi que des pays comme l’Autriche, où la révision peut être partielle ou totale.
Son appel est clair : dédramatiser le débat constitutionnel.
Une Constitution pour son temps
Citant le Professeur Isidore Ndaywel è Nziem, il a rappelé que la Constitution de 2006 a montré certaines limites et qu’aucun texte ne peut prétendre régir éternellement une nation.
« On ne peut pas faire une Constitution aujourd’hui pour les Congolais de l’an 2500. »
Il n’existe pas de Constitution éternelle.
Un plaidoyer pour la souveraineté populaire
En conclusion, le Professeur Mbata a recentré le débat sur son véritable détenteur : le peuple souverain.
La réponse aux interrogations constitutionnelles ne saurait venir exclusivement des élites religieuses ou des commentaires passionnés, mais du peuple congolais lui-même, à travers les mécanismes démocratiques prévus par la loi fondamentale.
Son message final, ferme et républicain, résonne comme une invitation à la maturité démocratique :
« Cette Constitution mérite d’être révisée. J’ai dit et je vous remercie. »
Une intervention d’envergure
Par la clarté de ses explications, la profondeur de son analyse historique et la sérénité de son ton, le Professeur André Mbata Betukumesu Mangu a marqué ce colloque du sceau de la rigueur académique et du patriotisme éclairé.
Son intervention restera comme l’un des moments forts de la commémoration des 20 ans de la Constitution : un appel à la réflexion, à la responsabilité collective et à l’intelligence démocratique.
Arnold TSHIMANGA

























































































































































































































































































































































































































































































































































































