Alors que l’Office National des Produits Agricoles du Congo (ONAPAC) traverse l’une des périodes les plus mouvementées de son histoire récente, une question s’impose au cœur du débat : les attaques visant sa Directrice générale, Mimy Monga Numbi, relèvent-elles réellement d’un problème de gouvernance ou constituent-elles la riposte de réseaux économiques ébranlés par les réformes engagées dans la filière cacao ? À mesure que de nouveaux éléments émergent, plusieurs observateurs privilégient désormais la seconde hypothèse. Derrière la polémique se dessinerait une bataille bien plus profonde opposant la restauration de l’autorité de l’État aux intérêts de puissants acteurs de la contrebande.
Une dirigeante dans la tourmente
Depuis plusieurs semaines, le nom de Mimy Monga Numbi fait la une de nombreuses discussions. Des accusations relayées dans certains médias et sur les réseaux sociaux tentent de jeter le discrédit sur la gestion de celle qui dirige aujourd’hui l’un des établissements publics les plus stratégiques du secteur agricole congolais.
Pourtant, selon plusieurs sources proches du dossier, la campagne actuellement menée contre la Directrice générale serait loin d’être anodine. Elle interviendrait dans un contexte où l’ONAPAC multiplie les initiatives destinées à restaurer la transparence, renforcer les mécanismes de contrôle et remettre de l’ordre dans une filière longtemps fragilisée par les pratiques frauduleuses.
Plusieurs observateurs décrivent Mimy Monga Numbi comme une gestionnaire rigoureuse, dotée d’une forte culture du résultat et déterminée à faire de l’ONAPAC un véritable instrument au service du développement agricole national.
La mutation de Nicodème Mulumba, élément déclencheur de la crise
Au centre de la controverse figure la mutation de Nicodème Mulumba wa Kasongo, cadre bien connu de l’ONAPAC dans les provinces de l’Est.
Contrairement aux insinuations de certains détracteurs, cette décision n’a pas été prise de manière unilatérale par la Direction générale. Elle procède d’un arrêté signé par le Ministre d’État, ministre de l’Agriculture, autorité de tutelle de l’ONAPAC.
Son affectation à Mobayi-Mbongo, dans la province du Nord-Ubangi, aurait suscité des réactions particulièrement vives dans certains milieux liés au commerce du cacao. Pour les partisans de cette mesure, il s’agissait pourtant d’une simple décision administrative s’inscrivant dans une logique de réorganisation et de renforcement de l’autorité de l’État.
Pour plusieurs analystes, c’est précisément à partir de ce moment que les premières manœuvres visant à fragiliser la Direction générale auraient commencé à prendre de l’ampleur.
Une guerre ouverte contre la fraude du cacao
L’enjeu véritable semble se situer ailleurs.
Depuis son arrivée à la tête de l’ONAPAC, Mimy Monga Numbi aurait engagé une lutte sans précédent contre les circuits parallèles qui privent l’État congolais d’importantes recettes.
Dans les territoires de Beni, Mambasa et Komanda notamment, des réseaux de contrebande sont régulièrement accusés d’organiser l’évacuation clandestine d’importantes quantités de cacao vers les pays voisins.
Selon plusieurs sources locales, une partie significative de la production nationale quitterait les circuits officiels par le Lac Albert, la rivière Semuliki ou encore certains passages situés dans la région de Boga.
Face à cette situation, la Direction générale aurait renforcé les contrôles et multiplié les opérations de surveillance. Ces actions auraient permis de perturber plusieurs réseaux qui prospéraient depuis des années dans cette économie parallèle.
Une offensive qui, selon plusieurs observateurs, aurait inévitablement touché des intérêts financiers considérables.
Des milliards de francs qui échappent à l’État
Les conséquences de cette fraude sont loin d’être négligeables.
Certaines estimations avancent que plus de 50 000 tonnes de cacao quitteraient chaque année les circuits légaux sur l’axe Mambasa-Beni. Une telle situation représenterait un manque à gagner colossal pour les finances publiques.
Pour les défenseurs des réformes engagées par l’ONAPAC, l’assainissement de la filière cacao n’est pas seulement une question administrative. Il s’agit d’un enjeu majeur pour la souveraineté économique du pays.
Chaque tonne de cacao détournée des circuits officiels constitue une perte pour le Trésor public, mais également pour les producteurs honnêtes qui respectent les normes établies.
Quand l’économie rejoint la question sécuritaire
Au-delà des pertes financières, plusieurs spécialistes soulignent les implications sécuritaires de ces trafics.
Dans une région où l’insécurité demeure préoccupante, les revenus générés par les filières clandestines peuvent alimenter divers réseaux criminels et contribuer à la perpétuation de l’instabilité.
La lutte menée par l’ONAPAC prend ainsi une dimension stratégique qui dépasse largement le seul cadre agricole.
En renforçant la traçabilité et le contrôle de la filière cacao, la Direction générale participe également aux efforts de stabilisation économique et sécuritaire de l’Est du pays.
Réformes contre résistances
L’affaire révèle également l’existence de fortes résistances au changement.
Plusieurs témoignages évoquent la circulation de documents internes et diverses tentatives d’influence visant à remettre en cause certaines décisions prises dans le cadre des réformes en cours.
Pour les soutiens de Mimy Monga Numbi, ces manœuvres démontrent à quel point les transformations engagées dérangent ceux qui bénéficiaient des faiblesses structurelles de la filière.
Le rapprochement avec l’ASSECCAF ainsi que les démarches entreprises pour mettre en place une task force de contrôle en Ituri et au Nord-Kivu sont notamment cités parmi les initiatives qui auraient suscité l’hostilité de certains réseaux.
Une bataille pour l’avenir de la filière cacao
À mesure que l’affaire évolue, une conviction gagne du terrain : les attaques dirigées contre Mimy Monga Numbi ne viseraient pas uniquement sa personne, mais également la vision de réforme qu’elle porte à la tête de l’ONAPAC.
Pour de nombreux observateurs, la Directrice générale incarne aujourd’hui une volonté de rupture avec les pratiques qui ont longtemps affaibli la filière cacao congolaise.
Son engagement en faveur de la transparence, de la bonne gouvernance et de la défense des intérêts de l’État lui vaut autant de soutiens que d’oppositions.
Au-delà de la polémique, c’est donc l’avenir même de la filière cacao qui se joue. D’un côté, une ambition de redressement portée par une dirigeante déterminée à restaurer l’autorité de l’État ; de l’autre, des intérêts qui semblent peu disposés à abandonner les avantages tirés de l’économie informelle.
Une chose est certaine : la bataille engagée aujourd’hui à l’ONAPAC dépasse largement le destin d’une seule personne. Elle pose la question fondamentale de la capacité des institutions publiques congolaises à imposer la transparence, l’ordre et l’intérêt général dans des secteurs stratégiques pour le développement national.
Arnold TSHIMANGA















































































































































































































































































































































































































































































































































































































































