À l’heure où les défis sécuritaires et informationnels se multiplient en République démocratique du Congo, la question de la protection des journalistes demeure au cœur des préoccupations. Le ministre de la Communication et Médias et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya Katembwe, a réaffirmé l’engagement des autorités à promouvoir un environnement médiatique plus sûr, lors d’un panel organisé mardi 10 mars 2026 dans la soirée à Kinshasa par l’Ambassade d’Allemagne en République démocratique du Congo.

Un débat autour des risques et responsabilités

Placée sous le thème « La protection des journalistes, objectif commun, tâches réparties ? Risques actuels et besoins des journalistes et rôle des autorités », la rencontre a réuni plusieurs acteurs clés du paysage médiatique congolais.

Animé par la journaliste Ange Kasongo, responsable du média de fact-checking Balobaki Check, le panel a également connu la participation de Tshivis Tshivuadi, coordonnateur de l’ONG Journalistes en danger (JED), ainsi que de Wendy Bashi, coordinatrice du bureau de Deutsche Welle à Kinshasa.

Pendant près d’une heure d’échanges, les intervenants ont permis au public de mieux cerner les défis auxquels sont confrontés les journalistes, aussi bien en période de paix qu’en contexte de crise.

Patrick Muyaya salue l’initiative allemande

Prenant la parole, le ministre Patrick Muyaya Katembwe a salué l’organisation de cette activité, qu’il considère comme une initiative importante pour renforcer le dialogue autour de la sécurité des professionnels des médias.

Selon lui, cette rencontre s’inscrit dans la continuité des discussions engagées il y a quelques mois avec l’ambassadeur d’Allemagne sur la situation des journalistes en RDC.

« La question de la sécurité des journalistes est cruciale, surtout dans les pays en crise comme le nôtre », a-t-il déclaré, soulignant l’importance de multiplier les espaces d’échanges entre autorités, médias et partenaires internationaux.

Former les journalistes face aux défis sécuritaires

Le porte-parole du gouvernement a particulièrement insisté sur la nécessité de renforcer les capacités des journalistes, notamment ceux qui exercent dans des zones sensibles.

Il a évoqué la situation de la partie Est du pays, où les professionnels des médias travaillent souvent dans des conditions particulièrement difficiles.

Selon lui, ces journalistes doivent être mieux informés sur les pratiques de sécurité et les dispositions logistiques nécessaires pour se protéger dans l’exercice de leur métier.

Le professionnalisme comme première protection

Au-delà des mesures sécuritaires, le ministre a également mis l’accent sur le professionnalisme, qu’il considère comme l’une des premières garanties de sécurité pour les journalistes.

Pour Patrick Muyaya Katembwe, la rigueur dans le traitement de l’information contribue à protéger le travail journalistique et à renforcer la crédibilité des médias.

« Quand vous prenez le temps de recouper les faits et de produire une information solide, vous contribuez aussi à protéger votre travail et votre crédibilité », a-t-il insisté.

Un hommage au leadership des femmes dans les médias

Profitant du contexte du mois de mars consacré à la femme, le ministre a également salué la présence et le leadership des femmes dans le secteur des médias.

Il a rappelé l’importance de promouvoir la masculinité positive, afin de favoriser un environnement professionnel plus équilibré et propice à l’épanouissement de tous.

La solidarité des journalistes face aux menaces

De son côté, Tshivis Tshivuadi, coordonnateur de Journalistes en danger, a insisté sur la nécessité de renforcer la solidarité entre journalistes face aux menaces.

Selon lui, le silence face aux arrestations ou intimidations de confrères contribue à entretenir un climat d’impunité.

Il a rappelé que le rapport annuel de l’organisation met régulièrement en lumière les violations commises contre les professionnels des médias en RDC.

« Quand on peut menacer, arrêter ou frapper un journaliste sans conséquence, cela encourage les attaques contre la presse », a-t-il dénoncé.

La sécurité des journalistes au cœur des discussions de paix

L’ONG plaide également pour que la question de la sécurité des journalistes soit intégrée dans les discussions liées aux conflits armés, notamment dans l’Est de la RDC.

Pour Tshivis Tshivuadi, il est impossible de construire une paix durable sans médias libres et sécurisés.

La double protection : physique et éditoriale

Intervenant à son tour, Wendy Bashi, coordinatrice de Deutsche Welle à Kinshasa, a expliqué que la sécurisation des journalistes repose sur deux piliers essentiels : la protection physique et la protection éditoriale.

Elle a rappelé un principe fondamental appris durant sa formation :
« Le meilleur reportage est celui qui revient avec le journaliste vivant ».

Dans un contexte sécuritaire fragile, elle a également souligné la responsabilité éditoriale des médias.

« Chaque mot que nous écrivons peut avoir un impact, notamment pour ceux qui travaillent dans des zones sous tension », a-t-elle affirmé.

Une formation pour les journalistes congolais

Cette rencontre s’inscrivait dans le cadre d’une formation organisée par la Deutsche Welle Akademie à Kinshasa du 10 au 14 mars 2026.

La session réunit plusieurs journalistes congolais sélectionnés selon différents critères, notamment l’exercice du métier dans des zones à risque ou l’expérience de situations sécuritaires liées à leur activité professionnelle.

À travers cette initiative, les organisateurs entendent contribuer au renforcement des capacités des journalistes congolais, afin qu’ils puissent exercer leur métier avec davantage de sécurité, de responsabilité et de professionnalisme.

Arnold TSHIMANGA

Laisser un commentaire