Kinshasa, 30 avril 2026 – Initialement célébrée le 3 mai, la Journée mondiale de la liberté de la presse a été commémorée ce jeudi 30 avril en République démocratique du Congo, au Cercle de Kinshasa, dans un contexte particulièrement marqué par des défis sécuritaires, informationnels et de cohésion nationale.

Placée sous le thème « Façonner un avenir de paix », cette édition a réuni autorités publiques, partenaires internationaux et organisations professionnelles des médias autour d’un forum technique axé sur l’engagement citoyen des journalistes en faveur de la paix.

Représentant le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, en mission, son directeur de cabinet, Nicolas Lianza Likwale, a salué une initiative portée par les professionnels eux-mêmes. Il a souligné l’importance de cet engagement collectif dans un contexte national exigeant.

« Nous ne pouvons qu’encourager cette démarche, surtout dans un moment où notre pays traverse une situation difficile qui requiert résilience », a-t-il déclaré, évoquant notamment la nécessité d’un acte d’engagement des journalistes pour la paix.

Abordant la situation sécuritaire dans l’Est du pays, il a rappelé les risques auxquels sont exposés les professionnels des médias. « La profession du journaliste est fortement menacée, avec des risques d’atteintes physiques et même des assassinats ciblés », a-t-il alerté, tout en assurant que le Gouvernement reste attentif au sort des journalistes opérant dans les zones sous tension.

Au-delà des enjeux sécuritaires, il a insisté sur une dimension stratégique : « La souveraineté ne se limite pas à l’intégrité territoriale, elle s’étend également à la maîtrise de l’espace informationnel ». Une vision qui place les médias au cœur de la construction d’un récit national responsable.

Le représentant du ministre a également mis en lumière les réformes engagées depuis 2022 dans le secteur, notamment l’amélioration du cadre juridique, la modernisation des médias publics et la relance de la carte de presse, considérée comme un outil essentiel de professionnalisation.

Prenant la parole au nom de l’Union nationale de la presse du Congo (UNPC), Kamanda wa Kamanda Muzembe a insisté sur la responsabilité accrue des journalistes en période de crise. Selon lui, le thème retenu dépasse le simple slogan.

« Le journaliste n’est pas un simple relais d’informations. Il est un acteur de construction sociale qui éclaire, oriente et influence », a-t-il affirmé, appelant à un journalisme responsable, capable d’informer sans attiser les tensions.

Il a précisé que les travaux du forum s’articulent autour de trois axes principaux : l’adoption d’un acte d’engagement pour un journalisme responsable en temps de crise, l’élaboration d’un plan de relance de la presse congolaise et la mise en place d’un mécanisme national de protection des journalistes.

De son côté, le représentant de l’UNESCO en RDC a replacé cette journée dans un contexte mondial préoccupant, marqué par un recul de la liberté de la presse.

« Nous observons une régression de la liberté d’expression estimée à 10 % depuis 2012, accompagnée de menaces croissantes telles que la désinformation, la manipulation de l’information et les violences contre les journalistes », a-t-il indiqué.

Dans ce contexte, il a insisté sur le rôle stratégique des médias en RDC, appelés à renforcer le dialogue et à prévenir les tensions dans un pays caractérisé par une grande diversité culturelle et linguistique.

Intervenant au nom des organisations de défense de la liberté de la presse, Tshivis Tshivuadi a rappelé que l’engagement des médias pour la paix ne peut se faire sans garanties concrètes.

« Cet engagement a un prix : celui de garantir la liberté de la presse et la sécurité des journalistes », a-t-il déclaré, soulignant que ces derniers doivent être protégés dans l’exercice de leur mission.

Se référant à la Déclaration de Windhoek, il a rappelé qu’une presse libre, indépendante et pluraliste constitue un pilier essentiel de la démocratie et du développement. Il a également noté les progrès réalisés par la RDC dans le classement de Reporters sans frontières, passée de la 154ᵉ place en 2019 à la 130ᵉ aujourd’hui, tout en appelant à des actions concrètes pour consolider ces avancées.

Dans son intervention, le directeur-pays de l’UNESCO a réaffirmé que la liberté de la presse et l’indépendance du journalisme dépassent le cadre sectoriel.

« Elles constituent des piliers fondamentaux de la paix, de la démocratie et du développement durable », a-t-il insisté, appelant à un engagement renforcé de toutes les parties prenantes.

Au terme des échanges, ce forum apparaît comme une étape importante vers la structuration d’un espace médiatique plus responsable, mieux protégé et résolument engagé dans la consolidation de la paix en République démocratique du Congo.

Arnold TSHIMANGA

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