Pretoria (Afrique du Sud), 21 avril 2026 — Dans une salle comble et attentive du Collège de Droit de l’Université d’Afrique du Sud (UNISA), le Professeur André Mbata Betukumesu Mangu a livré un discours d’ouverture d’une rare densité intellectuelle, confirmant une fois de plus son statut de figure majeure de la pensée juridique et constitutionnelle africaine.
Professeur extraordinaire et premier professeur noir à l’UNISA, Professeur ordinaire à l’Université de Kinshasa, membre du Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique ainsi que du Réseau des constitutionnalistes africains, André Mbata Mangu a placé la barre très haut en abordant un thème au cœur des transformations mondiales contemporaines :
« L’avenir de l’enseignement, de la recherche et de la pratique du droit en Afrique à l’ère de l’intelligence artificielle ».
Une prise de parole visionnaire sur un enjeu encore sous-estimé en Afrique
Dès l’entame de son intervention, le Professeur Mbata Mangu a mis en lumière une réalité dérangeante : celle d’un continent encore largement en retard dans l’appropriation critique et stratégique de l’intelligence artificielle.
Avec une clarté intellectuelle remarquable, il a dénoncé les zones d’ombre et les inerties académiques dans plusieurs milieux africains encore peu préparés à intégrer les enjeux de l’IA dans leurs systèmes éducatifs et scientifiques.
Une série de questions percutantes au cœur du débat mondial
Dans un style analytique et volontairement provocateur, l’universitaire congolais a structuré son exposé autour d’interrogations fondamentales qui ont capté l’attention de l’auditoire :
Quelle est la place de l’Afrique, des Africains et des universités africaines dans un monde numériquement sans frontières sous domination de l’IA ?
Quelle est la place de l’« intelligence africaine » dans l’intelligence artificielle mondiale ?
À qui appartient réellement l’intelligence artificielle ?
Pourquoi l’Afrique reste-t-elle essentiellement consommatrice au lieu de devenir productrice de technologies d’IA ?
Les Africains sont-ils des sujets ou des citoyens du monde numérique ?
Comment penser la « décolonisation » du monde numérique et l’appropriation de l’IA ?
Quelle place réelle l’IA occupe-t-elle dans les programmes universitaires africains ?
Combien d’universités africaines sont réellement outillées pour lutter contre l’analphabétisme numérique et scientifique de leurs chercheurs ?
Pourquoi continuer à « dormir sur la natte des autres », selon l’image de Joseph Ki-Zerbo, au lieu de fabriquer nos propres outils technologiques ?
Ces interrogations, loin d’être rhétoriques, constituent selon lui un véritable appel à la prise de conscience collective et à la responsabilité scientifique africaine.
Une critique lucide de l’IA sans rejet de principe
Dans la continuité de son analyse, le Professeur Mbata Mangu n’a pas adopté une posture de rejet de l’intelligence artificielle. Bien au contraire, il a reconnu son importance croissante dans les domaines de l’enseignement, de la recherche et de la pratique du droit.
Cependant, il a tenu à souligner avec fermeté que :
« Sans vouloir méconnaître son importance ni ses avantages dans plusieurs domaines, y compris l’enseignement et la recherche, ni dans la pratique du droit, l’intelligence artificielle ne va pas cesser de nous étonner et de révolutionner le monde contemporain. Cependant, elle a ses propres limites et ne remplacera jamais l’intelligence humaine. Il faudra toujours recourir à la surveillance ou au contrôle de l’intelligence humaine ».
Un appel à la souveraineté intellectuelle et technologique africaine
Au-delà de l’analyse académique, le discours du Professeur André Mbata Mangu s’inscrit dans une logique de réveil stratégique du continent africain. Il invite les universités, chercheurs et décideurs à ne plus être de simples consommateurs de technologies, mais des acteurs de production et d’innovation.
Sa référence à l’héritage intellectuel de Joseph Ki-Zerbo, notamment l’image de « la natte des autres », illustre parfaitement cette exigence de rupture avec la dépendance scientifique et technologique.
Une voix académique qui s’impose sur la scène internationale
Par cette intervention magistrale à UNISA, le Professeur André Mbata Mangu confirme son rang parmi les grandes voix africaines du droit et de la gouvernance intellectuelle.
Sa réflexion dépasse le cadre académique pour s’inscrire dans une véritable vision politique, éducative et civilisationnelle de l’avenir du continent face aux mutations technologiques mondiales.
Dans un contexte où l’intelligence artificielle redéfinit les rapports de puissance et de savoir, son message résonne comme un avertissement, mais aussi comme une invitation : celle de penser, produire et maîtriser l’avenir numérique africain.
Arnold TSHIMANGA
































































































































































































