Le 27 novembre 2025 restera une date douloureuse dans les annales du barreau congolais, de l’administration publique et de l’Église catholique. Ce jour-là, le Bâtonnier Deogratias Kashongwe Mutanyongwa a tiré sa révérence, laissant derrière lui un vide que ni les mots ni le temps ne sauront combler.
Sa disparition n’est pas celle d’un simple homme. C’est une bibliothèque vivante qui s’éteint, une mémoire institutionnelle qui se tait, un témoin fidèle de l’histoire du droit congolais qui rejoint les étoiles.
Un parcours d’exception, forgé dans la rigueur et le service
Né le 1er mai 1946 à Kamituga, au Sud-Kivu, Deogratias Kashongwe a incarné, durant près de huit décennies, l’excellence, la droiture et le don de soi. Fils d’Antoine Kashongwe et de Bernadette M’basole, il grandit dans une famille où la foi et le travail n’étaient pas négociables. Du Collège Alfajiri à l’université Lovanium, en passant par le Grand Séminaire de Murhesa, il se forme avec ardeur, jusqu’à décrocher sa Licence en Droit en 1973.
Ceux qui l’ont connu parleront toujours de son regard calme, de sa parole mesurée, de cette humilité désarmante qui masquait mal la puissance intellectuelle qu’il portait.
Un pionnier du barreau, un serviteur inépuisable de l’État
Sa carrière d’avocat, entamée au Cabinet Rubusisi, s’étend sur plus de cinq décennies. Premier Bâtonnier du Nord-Kivu, il a posé les fondations du barreau dans l’Est de la RDC avec une autorité bienveillante, mais ferme. Ses conseils juridiques ont été recherchés aussi bien par les institutions nationales qu’internationales.
De Kinshasa à Goma, du Conseil National de l’Ordre des Avocats au Ministère du Portefeuille, de la Santé Publique à l’Assemblée Nationale, il a laissé partout la trace d’un homme juste, loyal et compétent.
Il présida jusqu’en 2025 le Conseil d’Administration du Fonds de Développement des Services de Santé (FDSS), toujours animé par cette même foi : celle de servir le pays, de protéger les plus vulnérables, de bâtir un avenir plus stable.
Une âme profondément tournée vers Dieu
Mais plus que le juriste, c’est l’homme de foi que beaucoup pleurent aujourd’hui. Pendant plus de 30 ans, il a été catéchiste dans le Chemin Néocatéchuménal. Il n’enseignait pas la Parole de Dieu : il la vivait. Dans ses homélies comme dans sa vie quotidienne, on retrouvait la même cohérence, la même tendresse, la même soif de vérité.
Un époux, un père, un grand-père, un exemple
Marié à Suzanne Katajunga depuis 1977, il fut un pilier pour sa famille. Père aimant de six enfants, grand-père tendre de huit petits-enfants, il a transmis avec discrétion mais fermeté les valeurs qui ont bâti son existence : l’amour du prochain, l’intégrité, la prière et le travail.
Sa maison était un refuge, son silence une leçon, sa présence une paix.
Un hommage national mérité
Aujourd’hui, le Congo perd un de ses fils les plus valeureux. Le barreau est en deuil, les institutions pleurent un conseiller fidèle, l’Église rend grâce pour un témoin du Christ, et la Nation congolaise s’incline.
Mais à travers la tristesse, s’élève aussi une fierté immense : celle d’avoir compté parmi nous un homme comme le Bâtonnier Deogratias Kashongwe Mutanyongwa.
Qu’il repose en paix, dans la lumière éternelle, là où les serviteurs fidèles reçoivent leur récompense. Et que son exemple continue d’illuminer les chemins de ceux qui poursuivent le combat pour la justice, la paix et la vérité.
Arnold TSHIMANGA








































































