Kinshasa, 2 juin 2026 – Au lendemain des attaques meurtrières perpétrées par les terroristes des Forces démocratiques alliées (ADF) dans les localités de Ngadi et Vemba, en territoire de Beni (Nord-Kivu), le Prix Nobel de la paix, le Dr Denis Mukwege, est monté au créneau pour condamner avec fermeté ce nouveau bain de sang qui a coûté la vie à au moins seize personnes.

Dans une déclaration empreinte d’émotion et d’indignation, le célèbre gynécologue congolais a présenté ses condoléances aux familles endeuillées et exprimé son soutien aux populations de l’Est de la République démocratique du Congo, confrontées simultanément à l’insécurité, à la famine et à la menace persistante du virus Ebola.

Des attaques visant les gardiens de l’identité congolaise

Le Dr Mukwege s’est particulièrement alarmé des massacres ciblant les membres de la communauté autochtone pygmée, qu’il qualifie de « gardiens de notre identité et de nos forêts primaires ».

Selon lui, ces tueries dépassent le cadre de simples violences armées. Elles constituent une attaque contre la mémoire collective et la diversité culturelle du pays.

« Ces actes sont non seulement des crimes contre notre mémoire et notre diversité fondatrice, mais également des crimes contre l’humanité », a-t-il dénoncé.

La dénonciation d’un projet d’épuration identitaire

Plus loin dans son intervention, Denis Mukwege affirme que les atrocités commises depuis plusieurs années dans la région de Beni et de l’Ituri s’apparentent à un projet méthodique d’épuration identitaire et d’intolérance religieuse.

Le Prix Nobel estime que les ADF ciblent principalement les populations autochtones de Beni et de ses environs ainsi que les communautés chrétiennes, dans une stratégie visant à semer la terreur, humilier les populations et les contraindre à abandonner leurs terres.

Pour lui, ces violences s’inscrivent dans une continuité historique remontant aux guerres qui ont ravagé la RDC depuis 1996, avec en toile de fond la convoitise des ressources stratégiques du pays.

Un appel à la communauté internationale

Face à l’ampleur de la tragédie, Denis Mukwege appelle la communauté internationale à mettre fin à ce qu’il considère comme une politique du « deux poids, deux mesures » concernant les crimes commis en République démocratique du Congo.

Il insiste sur le caractère imprescriptible de ces violations massives des droits humains et réclame que leurs auteurs soient poursuivis et sanctionnés.

« Il est plus que temps de rompre avec la solidarité à géométrie variable lorsqu’il s’agit des crimes commis en RDC », a-t-il martelé.

Une interpellation directe des autorités congolaises

Le médecin congolais n’a pas non plus épargné les autorités nationales. Dans un ton particulièrement ferme, il les exhorte à dépasser les simples déclarations de compassion pour adopter des actions concrètes à la hauteur de la souffrance des populations de l’Est.

Il dénonce une forme de déconnexion entre les centres de décision et les réalités vécues quotidiennement par les habitants des provinces meurtries par les conflits armés.

Pour Denis Mukwege, le temps des discours est révolu. L’urgence est désormais à une mobilisation nationale et internationale capable de mettre fin à l’un des drames humanitaires les plus persistants du continent africain.

Une voix qui refuse le silence

À travers cette nouvelle prise de position, le Dr Denis Mukwege réaffirme son engagement constant en faveur de la justice, de la dignité humaine et de la protection des populations civiles. Alors que l’Est de la RDC continue de payer un lourd tribut à l’insécurité, sa voix demeure l’une des plus influentes pour rappeler au monde que la tragédie congolaise ne peut plus être ignorée.

Arnold TSHIMANGA

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