• 19/08/2026
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Entre progression rapide du variant Bundibugyo, vigilance communautaire et préparation d’une rentrée scolaire sécurisée, les autorités congolaises veulent contenir l’épidémie sans céder à la panique

La République démocratique du Congo fait face à une nouvelle épreuve sanitaire d’ampleur. Trois mois après la déclaration de l’épidémie de maladie à virus Ebola provoquée par le variant Bundibugyo, le pays a enregistré plus de 5 000 cas confirmés et environ 2 300 décès, soit un taux de létalité proche de 47 %. L’Ituri demeure de très loin l’épicentre de cette flambée épidémique, concentrant entre 85 et 90 % des cas recensés.

Le bilan a été présenté mardi 18 août au Studio Maman Angebi de la RTNC, lors d’un briefing de presse co-animé par le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya Katembwe, le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Roger Samuel Kamba Mulamba, ainsi que la ministre d’État en charge de l’Éducation nationale. La rencontre a également permis de faire le point sur les mesures envisagées pour garantir une rentrée scolaire sécurisée dans les zones affectées.

Un virus qui déjoue les précédents réflexes

Pour le ministre de la Santé, l’une des principales difficultés de cette épidémie réside dans le comportement particulier du variant Bundibugyo. Contrairement au variant Zaïre, responsable de la majorité des précédentes flambées d’Ebola en RDC, celui-ci présente une létalité moindre, mais une capacité de transmission qui inquiète davantage les autorités.

« Au bout de trois mois, nous comptons, à ce jour, un peu plus de 5 000 cas confirmés et un peu plus de 2 300 décès, soit environ 47 %. Ce virus nous apprend beaucoup de choses parce que nous sommes partis de l’assertion selon laquelle Ebola reste Ebola », a expliqué Roger Kamba.

Cette réalité a contraint les équipes de riposte à revoir certains réflexes acquis lors des précédentes épidémies. Le gouvernement avait initialement construit sa stratégie sur l’expérience accumulée face au variant Zaïre, à l’origine de nombreuses flambées dans le pays.

Or, le Bundibugyo se manifeste différemment.

Des symptômes parfois trompeurs

Dans les premiers jours, la maladie peut se présenter sous une forme relativement discrète. Les patients développent notamment de fortes céphalées, de la fièvre et des douleurs abdominales. Les diarrhées et les vomissements peuvent apparaître progressivement, tandis que les manifestations hémorragiques ne concernent qu’une minorité des malades.

Cette présentation clinique contribue à retarder l’identification des cas.

« Le virus Bundibugyo paraît presque bénin pendant les premiers jours. Les malades restent donc plus longtemps dans la communauté et contaminent d’autres personnes, ce qui augmente la transmission », a souligné le ministre de la Santé.

C’est précisément cette capacité à circuler discrètement au sein des communautés qui constitue aujourd’hui l’un des principaux défis de la riposte.

À l’inverse, le variant Zaïre est généralement associé à des symptômes plus spectaculaires et à une létalité beaucoup plus importante. Selon les données présentées par le ministre, son taux de mortalité pouvait atteindre 60 à 80 %, contre environ 47 % pour l’épidémie actuelle.

Une riposte renforcée sur le terrain

Face à l’accélération des contaminations, le gouvernement assure avoir renforcé considérablement les capacités nationales de diagnostic et de prise en charge.

En l’espace de deux mois, le nombre de laboratoires opérationnels est passé de zéro à une vingtaine. Parallèlement, près de 1 600 lits auraient été installés dans les structures dédiées au traitement des malades.

Pour Roger Kamba, ces efforts démontrent la rapidité avec laquelle les autorités ont réagi face à la menace.

« Cela montre que la riposte a été très rapide et vigoureuse, mais que le virus s’est néanmoins propagé très rapidement », a-t-il reconnu.

Le défi ne se limite donc plus à augmenter les capacités médicales. Il s’agit désormais de casser les chaînes de transmission au cœur même des communautés.

55 zones de santé concernées, mais une propagation loin d’être uniforme

Les autorités ont par ailleurs adopté un mécanisme de notification particulièrement sensible : la confirmation d’un seul cas suffit pour déclarer une zone de santé touchée.

Cette approche, présentée comme un choix de transparence et de précaution, peut toutefois donner l’impression que l’épidémie s’est étendue de manière uniforme sur une vaste partie du territoire national.

Les chiffres détaillés présentés lors du briefing permettent de nuancer cette perception. Environ 55 zones de santé seraient concernées, mais seulement 8 % des aires de santé seraient effectivement touchées. Le suivi des contacts se situerait, quant à lui, autour de 82 %.

L’Ituri reste le principal foyer de contamination. La province concentre à elle seule entre 85 et 90 % des cas confirmés, avec cinq à six zones de santé qui regrouperaient environ 80 % des contaminations.

Le Nord-Kivu arrive en deuxième position. D’autres cas ont également été signalés dans la Tshopo, le Haut-Uele et le Bas-Uele, notamment à Buta.

« Les populations ont le droit de savoir »

Malgré l’ampleur du bilan, le gouvernement veut éviter que l’inquiétude ne se transforme en panique collective.

Le ministre de la Santé a reconnu la gravité de la situation, tout en appelant la population à conserver son sang-froid et à respecter les mesures sanitaires.

« Nous avons perdu 2 300 Congolais. Les populations ont le droit de s’inquiéter, mais elles ne doivent pas céder à la peur. Elles ont le droit de savoir », a insisté Roger Kamba.

Ce message résume l’un des enjeux majeurs de la riposte : informer sans affoler, sensibiliser sans stigmatiser et surtout obtenir l’adhésion des communautés.

La communauté au cœur de la riposte

Dans ce contexte, la détection précoce des cas demeure déterminante. L’isolement rapide des personnes infectées, le suivi rigoureux des contacts et la collaboration des populations constituent les principaux leviers permettant d’interrompre la transmission.

Le gouvernement entend donc poursuivre les efforts de surveillance et de prise en charge, tout en renforçant la communication auprès des populations des zones touchées.

À cette bataille sanitaire s’ajoute désormais un autre impératif : préparer une rentrée scolaire sécurisée dans les provinces affectées. L’objectif est de permettre aux enfants de retrouver le chemin de l’école tout en limitant les risques de propagation du virus dans les établissements scolaires et leurs communautés.

Entre vigilance et espoir

Trois mois après le début de cette nouvelle flambée, l’épidémie d’Ebola rappelle une nouvelle fois à la RDC la nécessité de disposer d’un système de santé capable de répondre rapidement aux mutations et aux comportements imprévisibles des virus.

Le variant Bundibugyo aura ainsi contraint les autorités à adapter leur stratégie, à accélérer le déploiement des laboratoires et des structures de prise en charge et à placer davantage les communautés au centre de la riposte.

Le combat reste difficile. Mais pour les autorités sanitaires, la réponse ne peut être dictée ni par le déni ni par la panique. Elle doit reposer sur l’information, la vigilance, la détection précoce et la mobilisation collective.

Arnold TSHIMANGA

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