Face aux rumeurs, Kinshasa dévoile des chiffres actualisés et affiche une stratégie de riposte renforcée
Le Gouvernement de la République Démocratique du Congo a apporté de nouvelles précisions sur l’évolution de l’épidémie d’Ebola Bundibugyo qui sévit dans l’Est du pays. À l’occasion d’un Special Briefing Presse coanimé ce jeudi 4 juin 2026 par le Ministre de la Communication et Médias, Porte-parole du Gouvernement, Patrick Muyaya Katembwe, et le Ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Dr Roger Samuel Kamba Mulamba, les autorités ont dressé un état des lieux détaillé de la situation épidémiologique tout en mettant en garde contre la propagation de fausses informations.
Roger Kamba met fin aux spéculations : « Nous sommes à 381 cas confirmés »
Vingt jours après la déclaration officielle de l’épidémie, le Ministre de la Santé a tenu à clarifier les données disponibles et à rassurer la population sur la maîtrise progressive de la situation.

Selon le Dr Roger Samuel Kamba, les premiers jours de la riposte avaient été marqués par une fluctuation permanente des chiffres, avec près d’un millier de cas suspects signalés. Toutefois, le renforcement significatif des capacités nationales de dépistage permet désormais de disposer de données fiables et consolidées.
« Aujourd’hui, cela fait exactement vingt jours depuis la déclaration officielle de l’épidémie d’Ebola Bundibugyo. Grâce à l’amélioration de nos capacités de diagnostic, nous pouvons désormais communiquer avec précision sur les cas réellement confirmés », a indiqué le Ministre.
À ce jour, seuls trois provinces sont concernées par l’épidémie : l’Ituri, le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Le Gouvernement a insisté sur le fait qu’aucun autre foyer n’a été identifié ailleurs sur le territoire national.
« Il n’y a pas de cas d’Ebola en dehors de ces trois provinces. Nous tenons à le rappeler avec fermeté face aux nombreuses rumeurs qui circulent sur les réseaux sociaux », a déclaré le Ministre.
L’Ituri demeure l’épicentre de l’épidémie, concentrant près de 95 % des cas enregistrés. Le Nord-Kivu totalise 19 cas confirmés tandis que le Sud-Kivu en compte trois.
Depuis le début de la riposte, 381 cas confirmés ont été recensés à travers le pays.
« Nous ne sommes ni à 900 ni à 1.000 cas comme certains le prétendent. Les chiffres officiels font état de 381 cas confirmés à ce jour », a précisé Roger Kamba.
Un taux de létalité inférieur à 17 %
Sur les 381 cas confirmés, 63 décès ont malheureusement été enregistrés, représentant un taux de létalité inférieur à 17 %.
Le Ministre de la Santé a rappelé que cette évolution correspond aux caractéristiques connues de la souche Bundibugyo, réputée moins mortelle que la souche Zaïre.
« Dès le départ, nous avions expliqué que la souche Bundibugyo présentait une létalité moins élevée que celle de la souche Zaïre. Les données actuelles confirment cette tendance », a-t-il souligné.
Le Nord-Kivu affiche toutefois un taux de mortalité proportionnellement plus élevé. Une situation qui pourrait s’expliquer par un signalement tardif des premiers cas observés dans cette province.
« Il est probable que plusieurs cas n’aient pas été détectés ou déclarés suffisamment tôt, ce qui expliquerait ce niveau plus élevé de décès », a expliqué le Ministre.
Actuellement, près de 233 personnes sont prises en charge dans différentes structures sanitaires. Certaines demeurent en isolement préventif dans l’attente des résultats de laboratoire, tandis que d’autres suivent déjà un traitement après confirmation de leur diagnostic.
Au total, 25 zones de santé sont affectées par l’épidémie : 17 en Ituri, 7 au Nord-Kivu et une au Sud-Kivu.
Dépistage renforcé : la RDC atteint presque sa pleine capacité diagnostique
L’un des progrès majeurs de la riposte concerne le diagnostic rapide des cas suspects.
Le Ministre de la Santé a annoncé que le pays dispose désormais d’une capacité de dépistage proche de 100 %, notamment grâce à l’extension du réseau de laboratoires et à l’acquisition de nouveaux équipements.
La méthode RapidOne, actuellement utilisée, affiche moins de 2 % de faux négatifs, garantissant ainsi une grande fiabilité des résultats.
« Lorsqu’un test est négatif, il l’est dans la quasi-totalité des cas », a affirmé Roger Kamba.
Cette montée en puissance a été rendue possible grâce à la réception de plus de 4.000 kits de dépistage fournis par l’Africa CDC ainsi qu’au soutien de plusieurs partenaires, notamment la Banque mondiale.
« Sur le plan du dépistage, nous ne faisons face à aucune difficulté majeure », a rassuré le Ministre.
Un nouveau laboratoire à Mongwalu accélère les analyses
Dans le cadre du renforcement des capacités opérationnelles, un nouveau laboratoire a été installé à Mongwalu, à environ 70 kilomètres de Bunia.
Cette infrastructure permet désormais d’effectuer les analyses directement sur place, réduisant considérablement les délais d’attente.
Les échantillons prélevés sont désormais analysés dans un délai maximal de 24 heures.
« Nous n’avons plus besoin de parler de grands volumes de cas suspects. Les personnes testées sont désormais confirmées ou infirmées le même jour », a précisé le Ministre.
Le traçage des contacts progresse fortement
Autre avancée significative : l’amélioration du traçage des contacts.
Alors qu’au début de l’épidémie seulement 9 % des personnes exposées étaient effectivement suivies, ce taux atteint aujourd’hui 55,5 %.
Pour les autorités sanitaires, cette progression constitue un levier essentiel dans la lutte contre la propagation du virus.
« Cette amélioration nous permet d’identifier rapidement les personnes exposées, d’assurer leur suivi et d’intervenir immédiatement dès l’apparition de symptômes », a expliqué le Dr Kamba.
Les personnes considérées à très haut risque bénéficient d’un suivi renforcé pouvant aller jusqu’à un isolement préventif.
Le Gouvernement ambitionne désormais d’atteindre un taux de traçage de 90 %, seuil jugé déterminant pour interrompre efficacement les chaînes de transmission.
Une riposte structurée autour de trois priorités
Parallèlement, de nouveaux centres de traitement Ebola ont été mis en place dans les zones touchées.
Les équipements de protection individuelle destinés au personnel médical sont disponibles et les conditions de prise en charge des patients ont été renforcées. L’alimentation ainsi que les soins complets sont assurés dans les structures spécialisées.
Pour les autorités, la stratégie nationale repose désormais sur trois axes majeurs : diagnostiquer rapidement, traiter efficacement les patients et interrompre les chaînes de transmission.
Restaurer la confiance et combattre la désinformation
À travers ce Special Briefing Presse, le Gouvernement a voulu replacer les faits au cœur du débat public face à la multiplication des rumeurs et des chiffres non vérifiés.
L’actualisation des données épidémiologiques, l’amélioration du dépistage, l’installation de nouveaux laboratoires, la progression du traçage des contacts ainsi que le renforcement de la prise en charge médicale témoignent d’une riposte qui gagne progressivement en efficacité.
Dans un contexte où la désinformation peut fragiliser les efforts sanitaires, les autorités appellent la population à se référer exclusivement aux communications officielles du Ministère de la Santé, principal garant de l’information fiable, de la sensibilisation et de la mobilisation nationale contre Ebola Bundibugyo.
Arnold TSHIMANGA





























