Kinshasa, Le 3 décembre 2025 — C’est un tournant historique pour le système de santé en République Démocratique du Congo. Par décision du ministère de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, le contrat de partenariat signé en 2013 avec la société indienne Padiyath Health Care SARL pour la gestion de l’Hôpital du Cinquantenaire a été officiellement résilié. Le Gouvernement congolais reprend désormais la gestion directe de cet établissement stratégique.
Un contrat aux ambitions trahies
Signé le 14 juin 2013, le contrat prévoyait la cession de gestion de l’Hôpital du Cinquantenaire à la société Padiyath Health Care pour une période de 10 ans, renouvelable. L’accord incluait notamment un apport de 40 millions USD pour améliorer l’équipement et les services de l’hôpital, avec obligation de rétrocession de 5 % des recettes à l’État.
Mais douze ans plus tard, les promesses sont restées lettre morte. Aucun investissement prévu n’a été réalisé, aucun paiement dû à l’État n’a été effectué, et les obligations de transparence, de rapportage et de service public n’ont pas été respectées, selon le rapport accablant de l’Inspection Générale des Finances.

Une résiliation officielle et légale
Dans une correspondance officielle datée du 17 octobre 2024, le ministre de la Santé publique a notifié la résiliation du contrat (réf : N°1250/CAB/MIN/SPH/PS/44/CI/OWE/2024), en application des articles 58, 59 et 60 de la loi n°18/016 du 9 juillet 2018 relative au Partenariat Public-Privé et de l’article 10 du contrat.
Le courrier, adressé à M. Hazeb Rahman, Directeur Général de Padiyath Health Care SARL, a été transmis en copie aux plus hautes autorités de l’État, dont le Président de la République, la Première Ministre, les ministres de l’Intérieur, de la Justice, de la Santé, ainsi que l’IGF et la Présidence de la République.
Docteur Romain Muboyayi rassure sur la transition

Pour assurer une transition ordonnée, le Docteur Romain Muboyayi, Directeur de cabinet du ministre de la Santé, a présidé une réunion stratégique avec toutes les parties prenantes. Il a affirmé que la continuité des soins sera assurée sans interruption, et que l’État est prêt à reprendre la gestion dans des conditions professionnelles.
Un Comité d’accompagnement a été mis en place, composé de représentants de la Présidence, de la Primature, du ministère de la Santé, du ministère de la Justice, et de l’IGF. Ce comité supervisera la transition, validera les décisions financières, et veillera à la sécurité du personnel et des patients.
L’Hôpital du Cinquantenaire, un patrimoine stratégique à réhabiliter
Inauguré en 2014, l’Hôpital du Cinquantenaire est l’un des plus grands établissements hospitaliers modernes d’Afrique centrale, avec 515 lits, un plateau technique de haut niveau, et des services spécialisés (gynécologie, ophtalmologie, chirurgie, neurologie, gastro-entérologie, etc.).
Mais sous la gestion de Padiyath, le rêve de performance sanitaire a été gravement altéré. Le non-respect du contrat, l’absence de développement des pôles spécialisés (cancérologie, télémédecine, etc.), et la faible accessibilité des soins ont suscité de nombreuses critiques de la société civile, des syndicats et des professionnels de santé.

Une décision saluée comme un acte de souveraineté
En mettant fin à ce partenariat, le Gouvernement congolais envoie un message fort : l’intérêt général et le bien-être des citoyens priment sur toute autre considération. La santé publique ne saurait être compromise par des engagements non tenus ou des partenaires défaillants.
Cette résiliation pourrait marquer le début d’une nouvelle ère pour l’Hôpital du Cinquantenaire, avec une gestion recentrée sur l’éthique, l’efficacité et la souveraineté sanitaire nationale.
Arnold TSHIMANGA

















