Kikwit, 27 mars 2026 — L’Université de Kikwit a été le théâtre d’un moment d’exception ce vendredi, à l’occasion de la conférence animée par le professeur André Mbata Betukumesu Mangu. Dans une salle comble et attentive, l’éminent constitutionnaliste a livré une intervention dense, inspirante et profondément engagée, à la croisée du savoir académique, de l’histoire des idées et du destin de la République démocratique du Congo.
Un thème fondamental : “Savoir et responsabilité”
Ayant lui-même proposé le thème de sa conférence, le professeur Mbata a orienté sa réflexion autour d’un axe majeur :
« Savoir et responsabilité : quelle place pour l’université et l’universitaire dans la construction d’une nation congolaise unie, forte et prospère au cœur de l’Afrique ? »
D’entrée de jeu, il a posé un principe cardinal :
le savoir n’est jamais neutre, encore moins un privilège personnel. Il est une mission.
S’appuyant sur la pensée du philosophe africain Jean-Marc Ela, il a rappelé que tout savoir appelle une responsabilité, notamment celle de contribuer à l’amélioration des conditions de vie de la société.
« Détenir le savoir, c’est être redevable envers la société. Le savoir oblige à agir », a-t-il martelé avec force.
Des références internationales et africaines pour un même idéal
Le professeur Mbata a ancré sa réflexion dans des textes fondamentaux, notamment :
la déclaration sur la responsabilité sociale des universitaires issue de l’IMA en Amérique latine,
ainsi que la déclaration de Kampala sur la responsabilité des intellectuels africains.
À travers ces références, il a insisté sur une vérité universelle :
l’intellectuel est, par essence, un être engagé.
L’intellectuel : ni neutre, ni silencieux
Revisitant l’histoire du concept d’intellectuel, le professeur Mbata a évoqué le rôle déterminant de Émile Zola lors de l’Affaire Dreyfus, à travers son célèbre « J’accuse ».
Il en tire une définition forte :
l’intellectuel est celui qui s’engage, qui dénonce, qui prend position, même contre l’opinion dominante.
Dans la même logique, citant le grand historien Joseph Ki-Zerbo, il a affirmé :
« Un intellectuel neutre n’existe pas. Face à la souffrance d’un peuple, la neutralité devient une faute morale. »
Avec une lucidité frappante, il a interrogé l’auditoire :
« Peut-on rester neutre lorsque des populations vivent dans la misère sur l’une des terres les plus riches du monde ? »
Un témoignage personnel empreint d’humilité et de grandeur
Dans un moment particulièrement marquant, le professeur Mbata est revenu sur son parcours exceptionnel. Formé à l’Université de Kinshasa, il a ensuite brillé sur la scène internationale jusqu’à devenir le premier professeur noir de droit public dans une université étrangère fondée au XIXe siècle.
Avec une humilité rare, il a attribué cette ascension à une « grâce divine », tout en soulignant que cette grâce implique une responsabilité accrue.
« Ce n’est pas un privilège dont on s’enorgueillit, mais une mission au service des autres », a-t-il confié.
Ce témoignage a profondément inspiré les étudiants, illustrant que l’excellence africaine peut s’imposer au plus haut niveau mondial.
L’engagement politique et social de l’universitaire
Loin de se limiter à la théorie, le professeur Mbata a assumé pleinement son engagement dans la vie publique, notamment dans la lutte contre les dérives du passé politique.
Sans détour, il a rappelé son combat contre le régime de Joseph Kabila, en précisant que cet engagement répondait à une exigence morale :
« On ne s’engage pas par hasard, mais pour que les choses changent et s’améliorent. »
Un message clair : l’universitaire doit descendre de sa “tour d’ivoire” pour participer activement à la transformation de la société.
Cap sur le droit : la séparation des pouvoirs expliquée
Dans une seconde partie tout aussi dense, le professeur Mbata a abordé la question de la séparation des pouvoirs, thème proposé par ses collègues de la faculté.
S’appuyant sur les théories classiques de John Locke et surtout de Montesquieu dans L’Esprit des lois, il a rappelé que :
« Pour éviter la dictature, il faut que le pouvoir limite le pouvoir. »
Cependant, fidèle à sa vision panafricaine, il a déconstruit une idée reçue majeure :
la séparation des pouvoirs n’est pas une invention occidentale.
L’Afrique, berceau du savoir et des institutions
Dans un développement captivant, le professeur Mbata a rendu un hommage appuyé au savant Cheikh Anta Diop, qu’il a présenté comme une référence incontournable.
S’appuyant sur ses travaux, il a rappelé que :
l’Afrique est le berceau de l’humanité,
mais aussi celui des premières civilisations et formes d’organisation politique.
« Nos sociétés africaines connaissaient déjà des formes de séparation des pouvoirs bien avant leur théorisation en Occident », a-t-il souligné.
Évoquant même les débats sur les “miracles grec et romain”, il a repris la thèse de Cheikh Anta Diop selon laquelle ces savoirs ont largement puisé dans les connaissances africaines, notamment égyptiennes.
Un appel à repenser l’enseignement en Afrique
Dans une critique constructive mais courageuse, le professeur Mbata a plaidé pour une réforme des contenus enseignés dans les universités africaines :
« Pourquoi continuer à enseigner certaines théories sans interroger leur origine réelle ? »
Un appel à décoloniser les savoirs et à restaurer la place de l’Afrique dans l’histoire universelle des connaissances.
Une conférence historique pour l’UNIKIK
Par la richesse de ses analyses, la puissance de son verbe et la profondeur de son engagement, le professeur André Mbata a offert à l’UNIKIK bien plus qu’une conférence : une véritable leçon de vie, de science et de patriotisme.
À travers cette intervention magistrale, il s’est affirmé une fois de plus comme :
un intellectuel de référence,
un modèle pour la jeunesse,
et une conscience éveillée au service de la nation congolaise et de l’Afrique.
Une suite très attendue
La conférence, qui s’est poursuivie sur des questions cruciales telles que le débat constitutionnel en République démocratique du Congo, n’a pas encore livré tous ses enseignements.
De plus amples développements seront communiqués dans les prochaines heures, tant la richesse des échanges mérite une couverture approfondie.
Arnold TSHIMANGA






















































